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Servir la Légion, tout simplement
Par Louis Perez y Cid
ll est des parcours que certains regardent avec réserve. À tort.
L’homme dont il est question ici est né en 1944 à Alger. Son adolescence est profondément marquée par les événements d’Algérie, dans un environnement où la présence militaire est omniprésente. Très tôt attiré par l’aviation légère, il est formé par d’anciens pilotes de guerre, P-47, Skyraider de l’escadrille Lafayette, B-26, Noratlas, qui façonnent durablement son regard.
Le rapatriement en France marque une rupture. Les repères changent, les études se poursuivent dans un contexte parfois difficile. Il s’oriente finalement vers des études dentaires, marqué au passage par un professeur ancien des Commandos d’Afrique, homme d’exigence et d’engagement.
Au moment du service militaire, il choisit les EOR Santé. Son affectation au 1er Régiment étranger, à Aubagne, tient à peu de chose, une place se libère. Ce sera pourtant déterminant.
Par ce qu’il appelle lui-même une « petite porte », L'aspirant Jean-Michel Pajot entre à la Légion. Il en porte la tenue, participe à la prise d’armes de Camerone 1972 et, surtout, découvre la Légion de l’intérieur. Une expérience courte, mais fondatrice. Elle ancre en lui un sentiment d’appartenance réel et durable.
Le retour à la vie civile intervient dans une période peu favorable à la réserve. Nous sommes au début des années 1970, dans un contexte où celle-ci est peu structurée et peu reconnue. Cela ne l’arrête pas.
Il continue à servir.
Par les périodes volontaires sans solde, puis au sein des structures d’entraînement prémilitaire et de réserve, il maintient un lien constant avec la Légion. Il sert au 1er Régiment étranger de cavalerie pendant douze ans, puis au 2e Régiment étranger de génie pendant six ans.
À cela s’ajoutent des engagements opérationnels, notamment à Mostar, en ex-Yougoslavie, et à Dakar.
Au total, 38 années de service dans la réserve.
Et au moment de quitter le service comme Lieutenant- colonel, un fait mérite d’être rappelé. À son départ, le chef de corps du 2e Régiment étranger de génie lui rend les honneurs en lui faisant la cérémonie d’adieux traditionnellement réservée aux officiers d’active de la Légion. Ce geste n’est pas anodin. Il dit, mieux que tout discours, la place qui lui était reconnue. Et pourtant, il doute.
Parce qu’il est réserviste. Parce qu’il est médecin. Parce qu’il n’a pas suivi un parcours d’active. Ce doute, je le dis clairement, n’a pas lieu d’être.
On ne hiérarchise pas l’engagement au service de la Légion. On ne le découpe pas selon les statuts. On ne le relativise pas au regard d’un parcours type.
Il a servi la Légion. Longtemps. Fidèlement. Concrètement. Cela suffit.
À l’Amicale des Anciens de la Légion étrangère de Puyloubier, du pays d'Aix et de la Sainte Baume, dont je suis le président, cette ligne est sans ambiguïté, nous ne sommes pas une amicale d’« anciens légionnaires » au sens restrictif du terme. Nous sommes une amicale de ceux qui ont servi la Légion.
Tous. Sans distinction de statut.
C’est précisément ce qui fonde notre cohérence et notre esprit de corps.
À ce titre, sa place parmi nous ne se discute pas. Elle s’impose.
Comme pour beaucoup, le moment de la retraite, à 65 ans, a été une rupture difficile. Le manque de la vie régimentaire, de l’infirmerie, de cette ambiance propre à la Légion s’est fait sentir.
Retrouver cet esprit au sein de l’Amicale n’est pas un prolongement artificiel. C’est une continuité.
À la retraite, il a quitté le service.
Pas la Légion.