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Camerone 2026

 

Par Louis Perez y Cid

On pourrait croire qu’une cérémonie se répète. Qu’elle obéit à un rite fixe, immuable, presque mécanique. Mais cela n’est vrai que pour ceux qui la regardent de loin. De l’intérieur, Camerone n’a rien d’une répétition. C’est une faille dans le temps. Une journée qui échappe à sa propre chronologie.

J’ai placé sur ce site deux textes d’officiers à titre étranger. Deux manières de dire la même chose sans jamais se rejoindre tout à fait. L’un, celui d'Antoine Marquet s’attarde sur les signes, sur les figures mises en avant, sur la manière dont une institution se raconte elle-même.

L’autre, celui de Jean Marie Dieuze, parle du silence, de cette suspension étrange où la Légion se reconnaît dans ses morts autant que dans ses vivants. Deux écritures, deux distances, et pourtant une même tentative, comprendre ce qui, chaque année, revient sans jamais se laisser enfermer.

Mais il y a des moments où les analyses cessent d’être suffisantes.

Pour moi, Camerone 2026 a eu une densité particulière. Il y avait d’abord cette coïncidence des vies. J’ai croisé, dans d’autres temps de service, le général d’armée Thierry Burkhard, ainsi que les adjudants-chefs Jörgen Madsen et Luigi Da Pont. Des hommes rencontrés au fil des années, dans des contextes différents, mais qui, ce jour-là, semblaient réunis par quelque chose de plus ancien que nos carrières. Comme si la mémoire militaire savait reconnaître ses propres fragments et les rassembler sans effort.

Puis il y a eu la musique.

« La Sarabande d’Haydn » a commencé avant la remontée de la main du capitaine Danjou. Je ne sais pas pourquoi cette musique me traverse toujours de la même manière. Il y a en elle quelque chose de nu, de grave, presque implacable. Ce jour-là, elle m’a surpris autant qu’elle m’a atteint. Elle n’était plus seulement une musique, elle devenait une matière du temps lui-même.

Et quand j’ai vu apparaître la main, portée avec son cortège de pionniers, remontant lentement la voie sacrée, il s’est produit ce que les mots peinent à contenir. Le temps ne s’est pas arrêté. Il s’est retiré. Comme s’il s’effaçait pour laisser passer autre chose, de plus ancien, de plus silencieux. J’ai mis mes lunettes de soleil sans y penser, non pour me protéger du soleil, mais pour contenir ce que je ne voulais pas montrer.

Il y a des émotions qui ne demandent pas à être partagées. Elles demandent seulement à ne pas être trahies. C’est là que j’ai pensé, sans le formuler, à une certaine idée de la présence au monde, cette manière de regarder la beauté et la douleur sans chercher à les justifier, sans les résoudre. Seulement les accueillir, dans leur évidence brute.

Après la cérémonie, un autre temps s’est ouvert.

J’ai rencontré le colonel Cormenier. Nous avions servi ensemble en Guyane, en 83 et 84, au 3e REI. Lui était lieutenant, chef de la cellule forêt, la Selva. Une force, une énergie presque animale dans l’exigence. Moi, adjudant, son adjoint. Nous avions partagé ces terrains où tout est difficile, la chaleur, la boue, la fatigue, et où l’enjeu était toujours plus sérieux qu’il n’y paraissait.

Le CEFE, le CCF, les installations précaires, les jours sans fin. Et cette compétition invisible entre la cellule forêt de la Légion et celle des troupes de marine, pour savoir qui porterait le futur stage national de forêt équatoriale. Une rivalité qui disait moins une opposition qu’une obsession commune de l’excellence. Finalement, ce sont nos successeurs qui ont obtenu ce titre, installé ensuite à Régina.

Je ne l’avais pas revu depuis 1993, au fort de Nogent. Il était déjà lieutenant-colonel au 1er RI. Toujours ce même élan dans le regard, cette manière d’être tendu vers l’avant, comme si rien ne pouvait vraiment l’arrêter.

Et puis la vie a fait son œuvre. Un AVC. La rupture. Le corps trahi. La suite autrement écrite.

Le retrouver à Aubagne, amené par le CBA Gravereau, a eu quelque chose d’irréel. Son corps avait changé, mais pas lui. Le regard est resté intact, vif, tranchant, presque indocile. Il m’a offert une aquarelle encadrée, un légionnaire dans la Selva. Et derrière, les surnoms de nos légionnaires : Yé Yé, le Macédonien, Rambo, Zorba le Grec, Rasmus.

Ce n’est pas un objet. C’est une mémoire fixée, offerte comme on tend une preuve silencieuse que rien n’a été perdu.

Nous avons parlé quelques minutes seulement. Puis Camerone, comme toujours, nous a repris. Les appels, les rencontres, le flux humain. Nous avions prévu de nous retrouver plus tard, dans un coin de la kermesse. Cela ne s’est pas fait.

Il reste de cela un regret simple, sans drame, mais tenace. Celui des choses interrompues par la vie elle-même, non par la volonté.

C’est cela, Camerone, une grande messe sans lendemain garanti, où les vivants croisent les vivants comme s’ils se reconnaissaient sans se le dire vraiment.

Une journée qui rassemble et qui disperse dans le même mouvement.

Et quand tout s’achève, il ne reste ni bilan ni conclusion.

Il reste seulement ce silence particulier, un peu dense, un peu froid, dans lequel on comprend que les choses les plus importantes ne se racontent pas.

Elles passent, et elles vous restent.

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